-« Pardonnez moi mon père car j'ai péché »
Malgré les austères et massives cloisons de bois du confessionnal, les mots, bien loin d'en être étouffés, semblaient au contraire résonner dans l'édifice tout entier, retentir jusque dans le bénitier, rebondir sur chaque pierre et finalement, les souiller tous.
Dans leur piété les murs ne bronchèrent pas.
A peine était-il entré dans l'église qu'il avait ressenti une impression des plus froides. La plus froide qu'il connaissait. Sous les immenses voutes gothiques, menaçantes, qui se dressaient autour de lui, il se sentait écrasé. Le poids de l'architecture semblait peser sur ses épaules, le privant d'oxygène comme de confiance, ne lui autorisant que les mouvements les plus machinaux.
Il avait toujours été comme habité d'une fascination qu'il jugeait lugubre pour les églises. C'était quand il se trouvait au milieu parfait de la nef que ses interrogations étaient les plus véhémentes. Comment justifier que tant d'années de labeur, de main d'½uvre, de talent, et finalement d'argent, furent ainsi consumés pour la sublime de ces églises ?
Il en venait régulièrement à la conclusion que l'angoisse qu'il ressentait, pouvait être prise pour certains (les faibles), pour du respect. Ainsi l'architecture des lieux ne serait qu'un moyen de plus pour convaincre l'athée d'une prétendue foi qui lui aurait été jusqu'alors inconnue.
Lui croyait en Dieu, mais pas en la nef.
Il venait se confesse tous les vendredis, mais se sentait pourtant profondément différent des gens qu'il croisait lors des horaires de confession. « Ne viennent avouer leurs péchés que les plus irréprochables, ceux qui ne risquent comme pénitence guère plus que la récitation aliénée d'une poignée de je-vous-salue-Marie. Ceux qui portent des chemises sous leurs pulls bleu marine ne craignent pas la confession car ils n'ont en réalité rien à confesser ».
Lui, avait des choses à se reprocher et le savait. C'était probablement pour çà qu'il redoutait tant les églises. Le fait même d'oser y rentrer lui semblait être un acte hautement blasphématoire ; cependant le monde ne se doutait de rien, mais lui savait, et Dieu le savait.
-« Pardonnez moi mon père car j'ai encore péché »
Le prêtre, perdu dans ses pensées sursauta ; il ne connaissait cette voix que trop bien et ne voulait plus l'entendre. Il aurait voulu ne plus jamais avoir affaire à lui, mais c'est homme reviendrait toujours. C'était le diable. La confession sera encore éprouvante, pensa-t-il.
Elle le fut.
Qui était cet homme qui se dissimulait toujours derrière le mur infranchissable de la confession ? S'il n'était pas Satan en personne, Dieu l'avait envoyé.
Depuis longtemps les raisons de la venue de cet homme lui étaient devenues claires ; on éprouvait sa foi. Il devait surmonter cette épreuve. La question était « comment ? ». Le dilemme était clair ; le choix difficile, le temps lui était compté, et il était seul.
Alors, il se répétait intérieurement ces phrases : « fais ce que te dit ton c½ur », « la foi guidera tes pas ». A ce moment son choix fut pris, il devrait agir.
Mais si après tant d'années passées dans les ordres, dans une société de plus en plus attachée à son athéisme son c½ur s'était flétri ; qu'adviendrait-il alors ?
Si sa décision n'était qu'une conséquence de son aversion pour les déviances humaines dont il était depuis longtemps témoin, qu'adviendrait-il alors ?
Ces interrogations redoublèrent finalement sa certitude ; Jésus lui même avait douté avant sa crucifixion.
Le prêtre se rendit compte que, de l'autre coté du mur, l'homme s'était enfin tu. Un ange passait. C'était le moment.
La confession était terminée, le temps passa lentement. Il en finit.
On ne sut pas si l'homme, une fois sorti, apaisé de l'édifice, avait manqué de force ou de foi pour ne pas marcher plus de dix pas avant de s'écrouler au sol ; un couteau planté au milieu du corps.
Dans la cathédrale, le mégot de marque étrangère, encore incandescent continuait de faire s'écouler un flot de fumée du plancher du confessionnal; et dans la nef ; le Christ, habituellement campé sur sa croix, aujourd'hui vacillait.
